Ô VIEILLESSE ENNEMIE ....

Ma mère disait toujours: "je ne comprends pas ces femmes qui refusent de vieillir". Et je ne le comprenais pas non plus. Jusqu’au jour où mon visage a commencé à changer, mon regard à se fatiguer, mes cernes à se creuser, ma tignasse à se crêper. Et j’ai compris que moi non plus, comme ces nombreuses femmes que ma mère enveloppait d’un regard tendre mais plaintif, ça ne me plaisait pas de vieillir et de me rapprocher à petit pas d’une mort certaine.


Mais pourquoi elle, ma mère, n’avait-elle jamais ressenti ce poids du temps qui s’imprime de manière indélébile sur son être ? Pourquoi, elle, ne semblait-elle pas atteinte par cette peur abyssale et se laissait-elle porter avec confiance par le temps ? Et comment, moi, pourrais-je le supporter à mon tour ? Par quel biais pourrais-je accueillir cette nouvelle peau, ces nouveaux cheveux sans avoir le seum ?


J’ai commencé alors par rechercher d’autres femmes, comme ma mère, pour qui la vieillesse ne semble être ni un sujet tabou, ni un sujet de débat. Des femmes qui n’ont absolument pas l’air concernées par ces peurs. Des femmes dont les pattes d’oie soulignent gaiement leurs regards pétillants sans qu’elles ne cherchent à en faire une quelconque plus value.

Martha Cooper
A voir : Martha Cooper, Icône du street art, Arte

Constat évident number 1: la femme âgée est plutôt inexistante dans notre monde. Rarement sur le devant de la scène pour autre chose que sa vieillesse. Comme si à partir d’un certain âge, nous faisions un pas de côté, devenions inaudibles et transparentes dans la société. Mais ça on l’avait déjà remarqué et même si ça mérite d’être développé, je ne m’y attarderai pas aujourd'hui.


Donc constat number 2 (découlant du constat number 1): aucun moyen de se projeter vieille. De fantasmer sur son moi vieux, comme nous le faisions enfant avec son moi adulte lors de ce terrible passage qu’est l’adolescence.


Car il y a clairement un parallèle entre ces deux moments charnières de notre vie, mais un contraste total dans l'appréciation du futur.

D’ailleurs Simone de Beauvoir en parle très bien dans son livre La Vieillesse, “Au seuil de l’adolescence, l’image se brise : la gaucherie de l’âge ingrat vient de ce qu’on ne sait pas tout de suite par quoi la remplacer. Il se produit un flottement analogue au seuil de la vieillesse” malgré un ressenti semblable il existe pour elle une asymétrie qu’elle explique clairement : “En effet, dans la sexualité du jeune homme, et même de l’enfant, celle de l’adulte est pressentie. Son statut leur paraît en général désirable parce qu’il leur permettra d’assouvir leurs désirs. Le garçon a des fantasmes de virilité, la fillette rêve à sa future féminité. Dans des jeux, dans des histoires qu’ils se racontent, ils anticipent complaisamment cet avenir. Au contraire, l’adulte associe le grand âge à des fantasmes de castration. Et comme le souligne le psychanalyste Martin Grotjhan, notre inconscient ignore la vieillesse. Il entretient l’illusion d’une éternelle jeunesse. Quand cette illusion est ébranlée, il en résulte chez de nombreux sujets un traumatisme narcisssique qui engendre une psychose dépressive”.


Ok donc nous l’aurons compris, la perspective de ne plus faire partie du game de la séduction nous filerait un gros blues et nous empêcherait de nous projeter confortablement, ce qui de toute évidence, nous aiderait à supporter la dégénérescence de notre être.

Mais moi j’en suis convaincue, il existe autre chose pour nourrir notre égo et nous permettre de fantasmer sur cette vie de sénior en nous affranchissant de notre rôle d’objet de désir et de regard.

Un épanouissement intellectuel, spirituel par exemple. Ça pourrait me faire rêver et ça marcherait encore mieux si j’avais des exemples, des références. J’aimerais pouvoir m’identifier et voir des femmes âgées, aux cheveux blancs (ou pas d’ailleurs) vivre leur quotidien pleinement, naturellement, sur les réseaux, dans les mag, dans les séries, les films, sans sentir le spectre de l’âge au-dessus d’elles !


Liv Stromquist
La rose la plus rouge s'épanouit, Liv Stromquist

Dans son livre La Rose la plus rouge s’épanouit, Liv Stromquist pense que "notre impuissance actuelle face à la gestion de la mort est sans précédent dans l’histoire". Qu’il existe moultes exemples de refoulement de la mort et de dissimulation de la vieillesse.

Et oui, c’est un sujet délicat et il appartient à chacun de jongler avec comme il l’entend.

Et vous, qu'en dîtes-vous ?